Véronique, Juliette et Véronique « Une responsabilité particulière envers les enfants du peuple »

Bonjour à tous ! Amis fans de pédagogie, d’écoles où il fait bon vivre, ou curieux des internets !

En janvier, je continue mon voyage et part à la rencontre Véronique, Juliette et Véronique, respectivement institutrices et directrice à Bobigny en banlieue parisienne.

Je connais Véronique la directrice, de réputation, une grande militante de l’école publique, de la cause Freinet et du droit à l’éducation. Je suis un peu intimidée mais je me dis que c’est ça aussi, ce voyage: sortir de sa zone de confort, aller à la rencontre de gens qu’on aurait pas osé aborder dans un autre cadre. Je n’ose lui dire mon admiration, que j’ai lu ses livres, que je connais ses combats.

Elles suivent toutes les trois la pédagogie Freinet, dans une école publique en zone REP +. 

Ca me plaît que leur école soit présente dans mes portraits. Parce qu’aller à leur rencontre c’était aussi faire le choix de montrer un autre visage de la réalité du métier dans des zones difficiles, délaissées et souvent caricaturées par les médias et les pouvoirs publics.

Ce qui m’a frappé quand je suis allée les voir, c’est leur grande implication et leur envie de penser une culture commune, créée par l’école, tout en partant d’où en sont les élèves pour aller le plus loin possible dans les apprentissages, mais toujours sans comparaison, sans humiliation, sans notation.

Même si toute l’école ne fait pas du Freinet, elles soulignent l’importance du travail en équipe pour s’appuyer sur les collègues et échanger avec eux lors de situations compliquées.

Juliette qui a une classe de CP à 12, me dit que la pédagogie Freinet permet d’installer un cadre juste, et de remettre l’enfant au centre de ses apprentissages. Si les choses qu’il apprend viennent de lui, de ce qu’il apporte de l’extérieur, ça lui donne plus envie de s’investir à l’école et dans le groupe.  Pour elle, avoir des Cp cette année est intéressant parce que c’est la première année qu’elle fonctionne vraiment en pédagogie Freinet. Elle me dit qu’elle apprend à apprendre en même temps qu’eux, élèves qui commencent leur scolarité en école primaire. Je la trouve touchante, avec son énergie de jeune prof et ses idéaux dans les bagages. Elle y croit, alors je me dis que je veux y croire avec elle.

Véronique, quant à elle, est enseignante en classe de CE2-CM1-CM2. Elle enseigne depuis des années. Mais elle n’est pas désabusée, bien au contraire, et comme Juliette, elle a de l’énergie à revendre. Je sens qu’elle a nourri sa posture enseignante au fur et à mesure des années, son cadre de classe, stricte et juste pour rassurer ses élèves et les emmener le plus loin possible. J’aime bien aller à leurs rencontres toutes les deux en même temps, effleurer du bout des doigts deux moments de carrières différents dans la vie d’institutrices. Mesurer les années d’expérience qui les séparent, et les trouver belles toutes les deux, touchantes et justes.

Selon Véronique, il est important de créer des relais dans la classe pour ne pas être la seule figure de l’autorité. Pour développer une dynamique de classe qui marche, tout le monde doit s’investir. Dans sa classe, il y a des métiers attribués à chacun, un président du jour qui la relaie, des référents qui gèrent les différents groupes de classe et font aussi figure d’autorité.  Elle me parle de Bobigny comme une zone de transition, un endroit où les gens arrivent mais d’où ils essayent de partir, si ils peuvent et ont le choix. Y travailler, y vivre, contribuer à y apporter une énergie, c’est une vraie volonté de sa part, pour que, dans cet espace de transit, de belles choses émergent.

La pédagogie Freinet est intéressante à observer car elle nécessite beaucoup de cadre et d’outils, pas facile au premier abord pour quelqu’un qui vient de l’extérieur.

Le matin, Juliette et Véronique fonctionnent grâce à un plan de travail permettant à chacun d’aller à son rythme et d’avancer sur les apprentissages fondamentaux. L’après-midi s’organise en ateliers proposés par les élèves, qui travaillent les apprentissages sensoriels, grâce à la peinture, la musique, la cuisine, etc. Des temps qui, selon elles, sont trop souvent oubliés après le passage de la maternelle au primaire.

Un exemple de loi qui régit la vie de l’école

Chaque semaine, dans chaque classe, a lieu un conseil d’enfants : un espace qui permet de gérer les conflits, de prendre des décisions pour le groupe, d’ajuster des choses qui n’ont pas fonctionné durant la semaine. Les maitresses s’effacent et laissent les enfants gérer le conseil.

Dans cette école de Bobigny, certaines règles sont empruntées à la pédagogie institutionnelle. Les enfants ont des ceintures de comportements leur permettant de grandir et d’évoluer le plus sereinement possible en groupe. Chaque couleur de ceinture apporte des droits et des devoirs. Plus on grimpe de ceinture, plus on a de liberté. Aussi, les enfants utilisent « des messages clairs« , afin de verbaliser leur émotion lors d’un conflit. « Je te fais un message clair, tu m’as crié dessus pour me demander un crayon, cela m’a fait de la peine, est ce que tu comprends ? » Chacun dans l’école, personnels enseignants, encadrants et enfants, utilisent ce moyen de communication. Ce système permet une belle gestion du groupe, de la classe et de l’école où chaque enfant peut se sentir bien et être responsable de son comportement.

Cette notion de faire société, de recréer du collectif où cela fait sens d’être en commun, d’apporter des règles claires de vivre ensemble, est une notion très forte de leur travail.

Pour Véronique la directrice, c’est primordial de travailler en école publique et en zone REP +. Elle me dit qu’il y a une responsabilité particulière vis-à-vis des enfants du peuple, un attachement qui implique qu’il ne faut jamais les laisser tomber. Selon elle, il y a une aspect politique fort derrière cette volonté : décider que tous les enfants ont une place à l’école et que tous les citoyens doivent savoir lire et écrire pour mieux former le monde de demain .

Forte de ces rencontres, j’emporte avec moi leurs parcours d’enseignantes, celui de femmes puissantes qui ont choisi de ne pas se résigner et de ne jamais abandonner. Est-ce que mon documentaire raconte quelque chose de global sur la trajectoire de femmes indépendantes et fortes ? En partant, j’emporte la douceur et la fermeté de Véronique, l’enthousiasme et la conviction de Juliette et l’aura et l’éloquence de Véronique. Puisse leur énergie accompagner ma route d’enseignante.

Un extrait de notre entretien:

Cet extrait vous a plu ? Attendez la suite ! A la fin de mon voyage, les entretiens seront disponibles en intégralité. Vous êtes diffuseur et mon projet vous intéresse ? Je vous invite à me contacter. N’hésitez pas à partager autour de vous !

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