Stéphane « Pour que les autres ne pensent pas à ta place »

Bonjour à tous ! Amis fans de pédagogie, d’écoles où il fait bon vivre, ou curieux des internets !

Pour cette quatrième rencontre, je reste à Saint-Denis, direction l’école où travaille Stéphane, située de l’autre côté de la ville. Instit depuis 25 ans il est nouveau arrivé dans l’école, avec un triple niveau CE2-CM1-CM2, dans un quartier REP+.

C’est Geoffray , que j’ai été voir la semaine d’avant, qui me conseille de rencontrer Stéphane. Avec sa salopette en jean, son vélo bricolé et ses pin’s de la CGT et de The Cure accrochés à sa besace, il me paraît tout de suite sympathique. J’aime son franc-parler, son côté décalé. Je me dis que ce voyage me mène de surprise en surprise, que les rencontres que je fais sur la route resteront toujours en moi. Stéphane est sympathique, n’a pas sa langue dans sa poche et sait ce qu’il veut transmettre.

Très actif dans le mouvement Freinet, il se revendique de Fernand Oury et certains éléments de la pédagogie institutionnelle, contre les « écoles casernes ».

En allant visiter différents coins du 93, je me rends compte qu’il y a plusieurs branches au mouvement Freinet et différents groupes de travail. Aussi, tous les collègues rencontrés ces dernières semaines sont syndiqués et  accordent une place importante au rôle des syndicats pour défendre les droits des professeurs des écoles, AVS et autres personnels du milieu de l’école public. C’est un aspect important de leur travail. Ca m’interroge, moi qui ai jusqu’alors eu une vision un peu « poussiéreuse » du syndicalisme. A leur côté je révise ce jugement …

Je suis impressionnée par tout ce que Stéphane propose dans sa classe. Il a un fonctionnement Freinet « assez classique », si je puis-dire, avec un plan de travail, un conseil chaque semaine et des rôles à responsabilité pour chacun de ses élèves. Lui, il parle d’une classe qui fonctionne indépendamment du maître. En l’observant, je me pose la question : Cela fait un bon mois que je vais voir des classes ; Est ce qu’elles ont toute une identité propre parce que les maître.sses sont différent.e.s ou parce que les élèves ne sont pas les mêmes ? Peut-être est-ce une combinaison des deux …

Dans la classe de Stéphane, en plus des ilots de table et d’une bibliothèque, il y a plusieurs pôles : un établi où les enfants peuvent travailler le bois et passer des brevets marteau, scie, perceuse, etc., un coin sciences où des fiches autonomes d’expériences sont proposées avec tout un tas de matériel pour les réaliser, un coin musique avec de nombreux instruments fabriqués par les enfants et un banc de mixage pour faire de la musique electro-acoustique et jouer avec les sons enregistrés.

Sur l’établi, une guitare est en cours de construction par un des élèves de la classe.

Après quelques jours d’observation, je me dis que les enfants ont de la chance de pouvoir expérimenter autant, c’est un laboratoire incroyable que j’ai sous les yeux ! Les élèves, tordent les sons avec des instruments bizarres, tapent sur des batteries, grattent des guitares étranges, ils fabriquent des sculptures, des échiquiers et utilisent la pyrogravure sur bois pour décorer leurs créations. Lors de notre entretien, Stéphane me parle d’Alfred Jarry et de la pataphysique, des groupes punks qui inventaient des instruments pour reprendre des grands standards de classiques du Rock et du courant Dada comme des références dans sa manière de penser son travail. Les besoins primaires comme il les appelle, qu’on peut retrouver dans certaines sociétés primitives, ont une grande place dans sa classe: dessiner, peindre, faire des choses avec ses mains, faire de la musique, faire des sons.

Lui c’est un grand mélomane, il fait écouter chaque jour à ses élèves des musiques du monde entier qu’il pioche dans son incroyable cdthèque personnelle. Chaque enfant s’essaye à la musique, sans peur de rater, sans le spectre du solfège.  L’atelier de lutherie m’impressionne. Violon chinois, guitare à trois corde, ariel … Les enfants découpent le bois, clouent et vissent avec grande concentration et fabriquent de merveilleux instruments.

Les apprentissages fondamentaux sont, là aussi, développés à partir de l’univers des enfants. Ils écrivent des textes, qu’ils soumettent au vote pour remplir le journal de l’école. A partir de ces textes, ils listent des erreurs de grammaire courantes. Dans sa classe, jamais de dictée ! Il cite Paul Le Bohec  et son travail sur l’apprentissage de la lecture pour me dire à quelle point elle a une place centrale dans ses apprentissages : plus on lit, plus on apprend à exprimer sa pensée de manière précise. Stéphane affirme: « Exprimer ses idées de manière clair c’est montrer que ce n’est pas les autres qui pensent à ta place. »

Pour lui aussi, le fait de travailler dans un quartier populaire en école publique est primordial : son travail ? « Former l’école du peuple », comme Oury avant lui.

Pour moi aussi l’aspect publique de l’école est un aspect essentiel de mon voyage : j’ai été enseignante en école publique et j’y crois à la fonction publique ! Aller à la rencontre d’enseignants dans les écoles publiques, voir comment ils réinventent l’école chaque jour, face à une institution qui ne leur facilite pas forcément la tâche, m’intéresse.

En partant, j’emporte avec moi les drôles de sons inventés par les élèves mais aussi les beaux instruments qui, j’espère, joueront longtemps pour d’autres, une après-midi de musique avec un groupe de rock endiablé crée par les enfants, fiers de montrer ce qu’ils savent faire, les parties de foot sur le terrain à côté de l’école, en bas des tours, et l’échiquier en bois fabriqué par un petit garçon appliqué et silencieux. J’emporte le sourire de Stéphane, son exigence et sa radicalité, l’envie qu’il m’a donné de fabriquer des choses et d’essayer de réparer les objets qu’on croit perdu. Et sa silhouette, casquette visée sur la tête, sur son vieux biclou bricolé de ses mains qui s’éloigne dans les rues noires aux abords de la gare de Saint-Denis. Je sais qu’elle restera longtemps gravée en moi et que cette rencontre restera une rencontre majeure dans mon parcours.

Un extrait de notre entretien:

Cet extrait vous a plu ? Attendez la suite ! A la fin de mon voyage, les entretiens seront disponibles en intégralité. Vous êtes diffuseur et mon projet vous intéresse ? Je vous invite à me contacter. N’hésitez pas à partager autour de vous !

Pour aller plus loin :

Quelques articles qui parlent du travail de Stéphane ici et là.



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