Laure et Cédric « Créer un espace de respect et de confiance »

Bonjour à tous ! Amis fans de pédagogie, d’école où il fait bon vivre, ou curieux des internets !

6ème étape de mon voyage. Je reste dans le coin, à Candillargues village situé à une trentaine de minutes de Montpellier. Direction l’école Terre et Crayons fondée par Cédric et Laure il y a un an et demi. Après 15 ans dans l’éducation nationale, chacun décide de quitter son poste, fatigués de devoir justifier leur pédagogie, et de perdre l’énergie qu’ils auraient à revendre avec les enfants. C’est la première école hors éducation nationale que je vais voir depuis le début de mon voyage.

L’école se situe dans une zone pavillonnaire. C’est une ancienne maison de grand-mère, réhabilitée pour accueillir 27 enfants de 5 à 12 ans. Dans la cour en terre battue, ici pas de bitume, on trouve un trampoline, des monocycles apportés par les enfants, un potager en permaculture, une serre et un poulailler pour la canne de barbarie et les poules.

Dans cette école, le rapport à la nature est important. Avec l’aide de Gabriel qui est dans l’école depuis un an, chacun aident dans le jardin, construisent là des hôtels à insectes, ici des chemins en paille pour préserver l’humidité de la terre et permettre aux légumes de se développer.

Dans la classe de Cédric et ses 13 élèves de 9 à 11 ans,  l’organisation se fait par plan de travail. Là aussi les élèves ont des métiers. Un des élèves est notamment chargé de réguler le bruit grâce à un code silence, qu’on retrouve dans beaucoup de classe Freinet.

 

Un exemple de degré d’autonomie différent en fonction des enfants qui permet à chacun de gérer son plan de travail.

Le jour où j’arrive, les enfants font une recherche maths. Très utilisé aussi chez Stéphane (lien), que je suis allée voir quelques semaines auparavant à Saint Denis, c’est un élément important de la pédagogie Freinet. Les enfants utilisent une feuille blanche avec pour seule consigne de créer quelque chose de mathématique. Ils se servent de leurs règles, leurs compas, écrivent des chiffres, etc. L’instit projette au tableau leur production et à partir de cette base, il·elle travaille sur les représentations mathématiques des enfants et sur les pistes pour aller plus loin : qu’est ce qu’on voit au tableau, qu’est ce qu’on peut chercher, qu’est ce que ce carré dessiné par X peut nous permettre de mesurer ? C’est donc à partir des propres représentations des enfants que les apprentissages en mathématiques sont abordés.

Ce qui m’a vraiment frappé c’est la grande bienveillance de Cédric et Laure, et des enfants entre eux.  Binôme très fort dans l’école, Cédric et Laure se partagent deux tranches d’âge : Cédric a les enfants de 9 à 12 ans et Laure les enfants de 5 à 8 ans. Ils ont vraiment travaillé en commun à penser l’espace de l’école comme un espace protégé où la parole de l’enfant est toujours accueillie avec respect. Les enfants entre eux se disent merci dès que l’un d’entre eux prend la parole. Laure formée à la communication non violente ne hausse jamais le ton de sa voix, même lors de situations difficiles où elle doit ramener l’attention de ses élèves vers elle. Elle me dit que sa définition de la bienveillance a évolué et que le jour où elle l’a compris ça a changé son rapport aux enfants au quotidien : la bienveillance ce n’est pas de toujours d’être bien disposée avec les enfants, de ne jamais être énervé ou stressé. Au contraire, il s’agit de s’autoriser à l’être et le dire lorsque la journée va être compliqué parce qu’on est fatigué·e, parce qu’on a des soucis et de demander aux enfants d’être compréhensifs et d’aider à ce que la journée se passe au mieux. Afin de créer un espace de parole le plus protégé possible Laure et Cédric ont beaucoup travaillé sur le sentiment de honte, qui est un enjeu fort de ces années d’école, et sur comment la réduire. Ainsi lors des conseils d’enfants, ils n’utilisent pas la critique publique, où un enfant est nommé spécifiquement, pour résoudre les conflits, mais ont plutôt recours aux cercles restauratifs : dans un espace restreint à l’abri du groupe classe, les enfants en conflit essayent ensemble de verbaliser le problème et de trouver des solutions pour que la situation se règle.

Certaines phrases de Laure me restent en tête. Elle dit souvent aux enfants : « Un groupe ne peut pas fonctionner si on ne se respecte pas », « on ne coupe pas la parole, on la prend. » Pour développer l’empathie chez certains enfants très centrés sur eux, qui ne l’écoutent pas par exemple, elle leur parle doucement, avant que la colère ne monte trop :  » Regarde mon visage, qu’est ce que tu vois ? Oui c’est une légère irritation. Si tu continues à ne pas me répondre quand je t’appelles, que pensez tu que cela va susciter chez moi ? De la colère oui. Alors que faut-il faire pour que je n’ai pas ce sentiment qui monte en moi, pour améliorer la situation ?… » Je suis admirative du dialogue qu’elle réussit à instaurer avec les enfants et de leurs capacités à si bien mettre des mots sur les émotions qui les traversent.

La bienveillance de Cédric et Laure s’illustre aussi dans la grande énergie qu’ils mettent pour répondre aux besoins particuliers de chacun. Dans leurs classes quelques enfants ayant un trouble du déficit de l’attention ont besoin de certains aménagements pour être au mieux dans l’école et avec les autres. Laure et Cédric réfléchissent ensemble, avec tout le personnel de l’école, à des outils adaptés pour répondre à l’hyper-sensibilité aux distractions extérieures: Par exemple, ils mettent à disposition des élèves des casques anti-bruit, permettent à ceux qui veulent de sortir s’aérer dans la cour ou de s’isoler dans une pièce sans bruit, et ils réfléchissent à construire une table spéciale pour les enfants qui ont besoin d’avoir toute leur attention sur leur tâche du moment. 

Construire le groupe et sa bienveillance passe aussi par des moments collectifs gérés par les enfants, avec l’aide des adultes. Le temps du midi par exemple est organisé par les élèves, qui mangent dans les classes, font des tours vaisselle, de nettoyage. Les responsabiliser c’est aussi leur montrer qu’ils appartiennent à un groupe commun qui fonctionne si tout le monde se sent impliqué.

Le temps du midi est géré par les enfants.

L’école dégage une grande impression de liberté et de sérénité, où les enfants sont considérés comme des individus à part entière et savent pourquoi ils sont là, ce qu’ils ont envie d’explorer et d’apprendre.

En partant de ce petit bout de maison perdue au milieu d’un îlot d’autres habitations, j’emporte avec moi la grande confiance mutuelle de Cédric et Laure, leur bienveillance et leur communication entre eux et avec chacun des enfants, les solutions trouvées pour que chacun se sente préservé dans un espace rassurant, les après-midi à faire la vaisselle au soleil devant le potager et les éclats de rire des éclaboussures de l’eau qui déborde des bacs, les cascades en mono-cycle et sur le trampoline, la visite guidé du jardin et des hôtels à insectes, le conseil des enfants qui se remercient à chaque intervention et leur accueil lumineux et joyeux.

Un extrait de notre entretien:

Cet extrait vous a plu ? Attendez la suite ! A la fin de mon voyage, les entretiens seront disponibles en intégralité. Vous êtes diffuseur et mon projet vous intéresse ? Je vous invite à me contacter. N’hésitez pas à partager autour de vous !

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