Christian « Accepter l’incertitude pour accueillir l’inattendu »

Bonjour à tous ! Amis fans de pédagogie, d’école où il fait bon vivre, ou curieux des internets !

Pour la 7ème étape de mon périple, je quitte la région Occitanie et me dirige vers le nord, direction La Chapelle Saint Luc près de Troyes, où je retrouve Christian  directeur en classe maternelle publique Freinet.

La classe de Christian, où les enfants font de la pâte à modeler en création libre.

C’est la première fois que je suis vraiment en immersion depuis le début de mon voyage. En effet, ne connaissant personne pour me loger dans la région, je suis accueillie par Christian une partie de la semaine, relayé ensuite par Sophie, une autre collègue de l’école. La grande maison de Christian, située dans un village plus loin en contrebas m’apparaît comme la maison de famille idéale. Avec son grand jardin, ses chats qui se prélassent sur le fauteuils et ses nombreuses chambres où je perçois les vestiges adolescents des enfants partis vivre leur vie. Je rencontre sa femme Marie, professeur d’histoire et deux de ses enfants. Nous discutons longuement le soir à table, de la beauté du métier et aussi de sa difficulté. Marie l’affirme: Ce qui est compliqué c’est de tout recommencer chaque année. De ne pas garder les élèves avec qui tu as construit une énergie commune. Et petit à petit, il y a un risque, celui d’oublier que pour les enfants c’est la première fois, la première rentrée, le premier mois dans une classe qui fonctionne différemment, le premier automne à essayer d’être autonome et libre, et de se lasser de ce rythme si particulier à recommencer chaque année.

Christian me parle de pédagogie et ses grands yeux gris derrières ses lunettes se mettent à briller. Je ne l’arrête plus. Comme ces collègues qui fonctionnent aussi comme lui, Christian a un triple niveau petit-moyen-grand. Encore une classe Freinet très différente de ce que j’ai vu jusqu’alors.

Chaque recoin de la classe est investi par les enfants

Tout le matériel à hauteur d’enfants, est complètement libre d’accès. Ici, point de temps de travail individuel imposé comme dans les classes Montessori par exemple, mais plutôt une émulation de groupe, qui sert le langage, les apprentissages selon Christian. Les enfants font des constructions en legos, dessinent à l’aide de pochoir, peignent, s’essayent à l’écriture. Ils sont libres de choisir ce qu’ils ont envie de faire comme activité, rien ne leur est imposé. Pendant les temps de rassemblement, ils peuvent présenter leur travail aux autres enfants et ainsi se baser sur ces créations pour commencer à dégager des notions autour de l’apprentissage : par exemple la semaine où je viens en visite dans la classe, les constructions legos permettent de travailler sur les axes de symétrie.

Les présentations des travaux des enfants sur le grand tapis coloré

Aussi, chaque jour, Christian prend un temps avec les enfants pour faire une création libre en pâte à modeler, découpage collage ou en dessin. Il m’explique que ritualiser cette activité tous les jours permet aux enfants de s’affranchir des règles de la reproduction et ainsi d’entrer dans la création abstraite.

En bon passionné, Christian pourrait parler des heures de son métier, qu’il pratique depuis plus de 27 ans. Il me dit que faire de la pédagogie Freinet « l’a augmenté ». Pour lui, dans une classe Freinet, il faut savoir accueillir l’inattendu et l’incertitude. Dans sa classe, il respecte les personnalités de chacun, leur rythme individuel, et laisse le temps faire son œuvre pour que les choses émergent d’elles même. Cela peut créer un joyeux désordre qu’il faut savoir accepter et supporter en tant qu’instit. Certains enfants vont passer des mois sans rien faire en apparence, seulement en observant les autres et tout d’un coup faire une composition clairement pensée, transformée, organisée selon un rythme, alors qu’une semaine avant personne n’aurait pu dire si ça allait arriver ou non . Accueillir les différences et faire émerger la capacité de faire de chacun selon son rythme, lui semble essentiel. Il fait l’analogie avec la mono-culture en agriculture, un non-sens total selon lui. Il me dit que son rôle c’est de créer un espace de culture commune, créer les conditions du passage d’un groupe à un collectif avec des références partagées.

Des instruments de musiques, utilisés par les élèves, en libre accès

En discutant avec lui je retrouve certains éléments que j’ai pu croiser dans mes observations chez d’autres instits, dans les étapes précédentes de mon voyage : il y a cette idée d’un métier passionnant,  un choix de vie, un grand militantisme pour véhiculer ce en quoi il croit. Là encore l’équipe de l’école qui travaille tous de la même façon est soudée et s’apporte beaucoup. Un point essentiel selon Christian: « quand on est un jeune prof, c’est important d’avoir quelqu’un pour nous dire de lâcher prise, de laisser l’enfant tranquille, de ne pas s’inquiéter, justement d’accepter l’incertitude. »

En partant, j’emporte avec moi cette drôle d’école, qui colore le ciel de cette banlieue de Troyes un peu grise. Je repense à une conversation qu’on a eu un des premiers soirs avec Christian et Marie, sa femme. Marie me pose la question : « Est-ce que quand tu observes des classes, ça te démange de pratiquer, d’être avec les enfants, de leur apprendre des choses ? Si oui c’est que tu es faîte pour ce métier. » Je n’ai pas encore la réponse. La trouverai-je au bout de mon voyage ? Que me restera t-il de ces observations, accumulées, de ces rencontres ? En attendant, je garde en moi les à-côtés de ma semaine à La Chapelle Saint-Luc: l’amour de Christian pour la bonne cuisine, son hospitalité chaleureuse et son envie de partage des cathédrales de Troyes à sa passion pour la pédagogie, qui aurait pu nous tenir éveiller des heures entières sans s’arrêter de converser, sa famille et nos belles discussions sur le futur, l’accueil affectueux de sa collègue Sophie. Et surtout j’emporte avec moi leurs exigences quant à ce métier et à ces convictions, cette envie de ne pas transiger.

Un extrait de notre entretien:

Cet extrait vous a plu ? Attendez la suite ! A la fin de mon voyage, les entretiens seront disponibles en intégralité. Vous êtes diffuseur et mon projet vous intéresse ? Je vous invite à me contacter. N’hésitez pas à partager autour de vous !

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