Céline « Mettre sa sensibilité au service des enfants »

Bonjour à tous ! Amis fans de pédagogie, d’école où il fait bon vivre, ou curieux des internets !

Nous voilà au début du mois de mars. Direction la Drôme des collines et un petit village d’environ 500 habitants au pied de la vallée de l’Herbasse.

Une amie, Estelle, me prête sa maison d’enfance, au bout du village près de l’église. C’est une petite maison aux poutres apparentes, qui sent le bois et les vacances en famille. Au mur, les ancêtres qui ont vécu là, veillent. Je m’y sens tout de suite bien et j’y expérimente la solitude des soirs de fin d’hiver, quand la nuit tombe vite et que le réseau vient à manquer.

Pour la 8ème étape de mon voyage, je vais visiter une école publique située sur la place du village, tout en pierre de galet, l’architecture typique du coin.

La Drôme des collines et sa belle lumière
La classe de Céline

Céline travaille en triple niveau de maternelle dans son école à deux classes. Après des années à enseigner de manière classique, elle change de posture et revoit complètement sa manière de penser sa pédagogie. Elle me dit que c’est difficile pour elle de décrire sa classe, qu’il faut venir pour sentir l’énergie qui s’en dégage. Je lui donne raison après quelques jours d’observation, où je sens les enfants heureux d’être là dans une ambiance accueillante et préservée. Pédagogiquement, pas de « truc » révolutionnaire, des ateliers autonomes où chacun va à son rythme, mais surtout une grande écoute aux besoins de chacun, et une maitresse qui se laisse guider par les envies des élèves.  Céline est hyper-sensible et sent bien les énergies de chaque enfant, presque de manière inexplicable. Si un jour un de ses élèves n’est pas bien et n’a pas envie de travailler, elle le voit tout de suite, sans qu’il ait besoin de le verbaliser. Elle va alors lui laisser le temps d’être dans de meilleures dispositions, sans lui mettre de pression.

J’observe aussi une vraie relation aux parents qui co-construisent avec elle au quotidien l’apprentissage de leurs enfants. Ils communiquent énormément, elle les reçoit dans les classes et n’hésite pas à les solliciter.  Quand je vois cette relation privilégiée aux parents, qui existe dans la plupart des écoles que j’ai visité jusqu’alors, je me pose la question : Pourquoi certains instits sont-ils si frileux à leur laisser un espace ?

J’aime bien le parcours de Céline parce qu’il y a une vraie prise de conscience de sa part à un moment de sa carrière où elle s’est dit qu’elle ne voulait plus continuer à enseigner de manière frontale, en imposant aux enfants son rythme à elle et ses attentes. Cela correspond à un changement personnel aussi, de posture et de manière de voir la vie. Lors de notre entretien, elle me dit que c’est compliqué de tricher au contact des enfants : « Ils sentent tout de suite quand on fait semblant, quand on est plus bien dans la classe. Moi j’avais envie d’être en accord avec ce que je leur proposais, de plus les écouter. Mais être dans le lâcher-prise ça demande du temps, des questionnements, et une grande confiance en tes élèves… »

Céline fait une démonstration de son précieux tambour aux enfants, captivés. Dans la classe, pas un bruit. Une belle énergie circule. C’est un moment fort que je n’oublierai pas de sitôt.

Aujourd’hui, Céline tâtonne encore, toujours en recherche du positionnement le plus juste et elle se remet sans cesse en question. Est ce que c’est la clé pour bien faire ce métier ? Après deux ans en tant que maitresse et plusieurs mois d’observation, j’en suis assez convaincue…

Au delà de ce que j’ai pu observer dans la classe, ma rencontre avec Céline a été très forte et d’une immédiate évidence. Est ce que les gens hyper-sensible s’attirent ? Je n’ai pas la réponse. Mais à la fin de la semaine, je sais avec certitude que je reviendrais. Revenir voir son évolution dans la classe après quelques temps, et aussi retrouver une belle personne, un peu sorcière, un peu chamane, qui m’a appris beaucoup de choses sur la manière d’être au monde, avec les enfants, sur ce qu’on ne voit pas forcément d’eux mais qu’on arrive à deviner, et sur la sensibilité des êtres. Je me souviendrais longtemps des après-midi à discuter dans sa chaleureuse cuisine, des sourires doux de son mari et ses trois garçons qui m’ont accueillis comme si j’étais des leurs pour dîner le soir, et des ballades sur les chemins qui surplombent les collines. En partant, j’emporterai tout ça avec moi.

Pendant mon séjour, je fais une autre forte rencontre. Ruth et son école buissonnière. Je tombe dessus presque par hasard, et je me dis que j’y crois de moins en moins au hasard et que la vie est bien faîte. Son bois, où les élèves de Céline vont faire des sorties plusieurs fois par mois, est presque magique. Venue du pays de Galles il y a quelques années, elle a acheté un petit bois de deux hectares à l’orée de la ferme de son mari, originaire du village. Formée à la pédagogie en forêt, elle propose des  ateliers en partenariat avec les écoles du coin et en temps périscolaire. Son envie ? Que les enfants aient un autre rapport à la nature, qu’ils explorent, inventent et se ressourcent au contact de la forêt, deviennent autonomes dans les bois, sans peur de se faire mal si ils grimpent aux arbres ou en faisant une cabane.

Existant depuis plusieurs années au Royaume –Uni ou au Danemark, les forest school sont encore peu développées en France, même si l’on commence à en voir les premières graines . Aujourd’hui de nombreuses études montrent qu’il est primordial pour les enfants de passer du temps dehors, au contact de la nature. Ruth m’explique que passer 20 minutes dehors chaque jour aurait les mêmes effets que certains médicaments préconisés pour les troubles de l’attention.

Dans son bois, le mercredi après-midi, Ruth propose à un groupe d’enfant inscrit à l’année de venir une heure et demis faire des activités proposées (vannerie, taille de bois, cuire une pizza au feu de bois, etc.) et des activités libres où les enfants peuvent passer leur permis couteau, hâche, ou feu mais aussi faire des cabanes, lire des livres sur la forêt sous une petite tente, ou simplement se balader et observer le bois.

C’est un endroit assez extraordinaire que j’ai du mal à quitter moi aussi.

Repenser l’école ce serait aussi repenser notre lien avec le dehors.  Est-ce que les enfants en particuliers, et nous-même en général, sommes suffisamment en contact avec la nature au quotidien ? En partant de ce bois magique, ressourcée par cette drôle de fée, souriante et enthousiaste, qui donne sa vitalité au lieu, je me dis que nous avons encore du chemin à parcourir mais que les pierres commencent à être semées. A nous de savoir les écouter.

Un extrait de notre entretien :

Cet extrait vous a plu ? Attendez la suite ! A la fin de mon voyage, les entretiens seront disponibles en intégralité. Vous êtes diffuseur et mon projet vous intéresse ? Je vous invite à me contacter. N’hésitez pas à partager autour de vous !

Pour aller plus loin:

Le film L’autre connexion

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