Laure « Un projet de vie avant tout »

Bonjour à tous ! Amis fans de pédagogie, d’école où il fait bon vivre, ou curieux des internets !

J’attaque la semaine du 11 mars dans une nouvelle école, à Véronne dans la vallée du Diois. Après une semaine dans la Drôme des collines, je reste dans les parages mais les deux paysages sont bien différents.

Le mari de Céline m’emmène en voiture. Pendant une heure, nous laissons le paysage défiler sous nos yeux et, malgré la courte distance, je mesure les changements qui s’opèrent, de la Drôme du nord à celle du sud. Il y a déjà un air de Provence, la végétation est plus sèche, l’humidité de l’air ambiant semble se raréfier. Plus haut, les sommets des Trois Becs veillent. En contrebas, la rivière Drôme marque la frontière. D’un bleu profond, elle se déroule vivement, sans barrière, et sa puissance se ressent jusque dans les pierres.

Crest, sur la route :

Je suis logée par Clément et Marie Laetitia, les parents de Paul, un petit garçon curieux et espiègle, élève à l’école de Véronne. Ils habitent une belle maison à Saillans, un village en contrebas dans la vallée. J’arrive le dimanche et je suis surprise de voir autant de vie. Il y a plusieurs cafés, des magasins, une librairie. La Drôme délimite la fin du village. En enclave, plus haut, les coteaux de vignes de la fameuse Clairette de Die surplombent Saillans. Je m’y plairais bien.

La rivière et les vignes, frontières naturelles du village de Saillans :

Le lundi, la semaine commence. L’école Montessori Que la joie demeure est une école privée qui accueille une cinquantaine d’élèves de 3 à 12 ans. Pour les encadrer, plusieurs éducateurs, ici on ne parle pas d’instituteurs: Laure, la directrice qui a fondé l’école il y a quelques années, vit sur le site avec son mari et ses enfants. Elle est bientôt rejointe par Pauline qui s’installe avec Olivier et leurs deux enfants dans une partie de la maison à l’arrière. Laure et Pauline s’occupent de la classe de 6-12 ans tandis qu’Olivier, et Marine une autre éducatrice qui ne vit pas sur place, s’occupent des enfants de 3 à 6 ans.

Le matin, les enfants sont déposés en bas du village de Veronne par les parents, qui s’arrangent entre eux pour faire du covoiturage. Monter à l’école à pied prend environ 15 minutes, si l’on ne traîne pas sur le chemin pour ramasser des petites bêtes, des feuilles et autres trésors de la nature. Cette marche est très bénéfique pour les enfants qui arrivent à l’école disposés et prêts pour les apprentissages.

Je me rends immédiatement compte de la grande liberté qui leur est laissée. Sur la route pour monter à l’école, ils peuvent marcher seuls, courir, prendre les chemins de traverse. Les adultes leur font confiance. Cela se vérifiera pendant toute ma semaine passée sur place.

L’école est un lieu extraordinaire à décrire. Une maison en pierre perchée au milieu des montagnes. Rien autour. Là bas, une yourte posée dans la colline, pour la classe de 6-12 ans, ici un bateau en bois qui surplombe la vallée en contrebas. L’énergie qui se dégage de cet endroit est incroyable. Je me dis que les enfants ont de la chance de pouvoir s’y retrouver, d’y grandir en paix. Laure a acheté cette maison en famille avec le projet d’en faire une école Montessori mais aussi et avant tout un lieu de vie. Directrice de crèche en Haute-Savoie, elle quitte tout pour s’installer dans la Drôme, tombée amoureuse de la région. Son projet d’école est avant tout, selon elle, une expérience de vie. Proche de cette pédagogie puisque ses filles étaient dans des écoles Montessori, elle tente l’aventure de créer sa structure. Olivier et Pauline, tous deux éducateurs Montessori, ont vécu longtemps en Espagne avec leurs deux enfants et ont eu envie de rejoindre le projet : trouver un lieu rêvé, une oasis pour faire grandir leurs enfants et ceux des autres, dans la paix et le respect.

L’école, sous un ciel menaçant :

L’école fonctionne en atelier Montessori classiques. C’est la première fois que je vais observer une classe Montessori en 6-12 ans. C’est intéressant car il faut adapter aux besoin de sociabilisation des enfants qui ont besoin d’être en groupe et avec leurs pairs pour apprendre. Pauline et Laure fonctionnent donc en ateliers autonomes classiques, adaptés aux enfants de cette tranche d’âge, avec une organisation par plan de travail, mais aussi en leçon par petits groupes. L’après-midi des clubs sont organisés par les enfants qui peuvent, en fonction de leurs centres d’intérêts, faire du chant, des constructions de cabanes ou encore écrire des histoires. Pour les 3-6 ans, l’organisation portée par Marine et Olivier ressemble beaucoup à ce que j’ai pu voir dans d’autres classes Montessori, avec un côté plus « rigoureux » lié à la formation AMI officielle Montessori des éducateurs.

La yourte pour les 6-12 ans

Le midi, les enfants déjeunent souvent dehors sur de grandes tables en bois. Des groupes d’enfants prennent en charge l’organisation. Pour la cuisine c’et un système de roulement qui se met en place. Chaque parents cuisinent deux repas dans l’année pour 50 personnes. Ce n’est pas une très grosse fréquence, alors ils se surpassent et cuisinent des plats végétariens incroyables. En rigolant Laure me dit qu’ « ici c’est sans doute la meilleure cantine de France ! « 

La préparation du repas :

L’implication des parents se retrouve aussi dans d’autres aspects de l’école. Ils participent à la logistique et proposent des activités. Un groupe de parents sont co-propriétaires du terrain. Laure m’explique que la propriété privée ne l’enchante pas. Que plusieurs personnes détiennent une part c’est aussi pour elle un moyen de repenser le rapport à la valeur des murs. Ce qui est important c’est le projet, les énergies qui s’y développent collectivement. Cela va finalement bien plus loin qu’une simple école. Pour Laure, Olivier, Pauline et Marine c’est un aspect important de la réussite du projet: que les parents et les enfants aiment le lieu, s’y engagent comme si c’était leur propre maison. Je fais des rencontres fortes parmi les parents des enfants de l’école. J’aime leur engagement et leur envie du meilleur pour le futur.

Les enfants enregistrent du son :

Le vendredi, dernier jour de la semaine, nous allons observer le phénomène de migration des oiseaux avec Yannick un des papas de l’école qui est éco-garde. Une belle journée à Tain l’hermitage où nous grimpons jusqu’au belvédère pour étudier les visiteurs du ciel qui reviennent au début du printemps. Les enfants escaladent, sautent, courent sans aucune appréhension le long des chemins. Un monsieur qui photographie le va et vient incessant des oiseaux, nous alpague: « Vous êtes les enfants de Veronne ? La réputation de l’école n’est plus à faire dans la région.

Cette semaine, en allant visiter l’école Que la joie de demeure, je franchis un cap dans mes observations : c’est la première fois que je rencontre des enfants aussi autonomes, libres, à qui l’on fait autant confiance. Leur lien à la nature est aussi très fort. Je serai curieuse de découvrir les adultes qu’ils deviendront. Leur témérité m’intimident presque.

En partant, j’emporte les soirées passées à discuter avec Clément et Marie-Laetitia, les parents de Paul, qui m’ont merveilleusement accueillis chez eux, sur notre vision du monde, de la société, les changements qu’on a envie d’opérer dans nos vies. J’emporte les rencontres : Iona, Virgile documentaristes comme moi, et la soirée passée à Veronne à dîner autour de la vieille table un succulent repas indien comme de bons amis, les espoirs de Laure sur les projets en commun, les courses dans les vignobles de la Clairette de die au dessus de Saillans quand le soleil tombe sur la vallée, le bleu de la Drôme, l’énergie ressourçante des montagnes autour de l’école, les repas du midi sur les tables en bois, face à l’immensité, la liberté des enfants et leur créativité. Je repars en emportant avec moi l’idée qu’il faut continuer à créer des espaces de possible pour que, partout, les enfants du monde de demain s’y éveillent.

En quittant Saillans, je passe par Cliousclat, avec Marie-Laetitia, rendre visite à Audrey. Elle est en train de créer son école qui ouvrira dans un an, l’école de Pan, au milieu des arbres fruitiers, dans sa belle ferme entourée de son incroyable jardin en permaculture. Encore un endroit où je serai curieuse de m’arrêter quelques jours pour y observer les enfants grandir…

Un extrait de notre entretien :

Cet extrait vous a plu ? Attendez la suite ! A la fin de mon voyage, les entretiens seront disponibles en intégralité. Vous êtes diffuseur et mon projet vous intéresse ? Je vous invite à me contacter. N’hésitez pas à partager autour de vous !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s