Frederic « Une oasis respirable »

Bonjour à tous ! Amis fans de pédagogie, d’école où il fait bon vivre, ou curieux des internets !

Je reprends mon voyage la semaine du 25 mars, direction Toulouse à la rencontre de Frédéric et de sa classe de CE2-CM1-CM2.

C’est la première fois que je mets les pieds à Toulouse. Je suis logée dans une collocation de joyeux lurons, cinéastes et artistes, qui m’accueillent dans leur grande maison, comme si c’était chez moi depuis toujours. J’aime la ville, je la trouve paradoxale. Héritière à la fois du Sud et du Nord. Entre Amsterdam et certaines villes de la côté catalane. Ses murs en briques, ses cafés sans terrasses et ses parcs. La Garonne et les jardins de la daurade, ouverts aux passants qui sirotent une bière fraîche en profitant des premiers rayons du printemps. Le festival de cinéma latino-américain commence ces jours-ci. C’est la meilleure semaine pour être de passage en ville paraît-il.

L’école où enseigne Frédéric a un statut un peu spécial : c’est une école innovante où les élèves sont regroupés en classe de cycle. Dans sa classe, comme dans celles de ces collègues, les enfants utilisent des brevets de compétences pour évoluer dans les apprentissages. Chacun se guide grâce à un plan de travail, qui dure sur une semaine et la classe est organisée en îlot avec un responsable par groupe. Aussi, la vie de l’école est régie par des ceintures de comportement donnant à chacun des droits et des devoirs. Il y a aussi chaque semaine un conseil d’enfants. Des outils que j’ai pu observer dans les classes de Stéphane, Geoffray ou chez Véronique et Juliette à Bobigny. Mais à chaque fois c’est bien différent. Les outils sont les mêmes, mais la manière de les utiliser varie en fonction des classes, des élèves, des professeurs. C’est bien ça le métier de professeur des écoles : s’approprier des outils en les utilisant au quotidien et les faire évoluer en fonction de sa pratique de classe.

En arrivant à l’école le lundi, je découvre un groupe d’enfants très calmes. Ils savent pourquoi ils sont là et ne font pas les choses au hasard. Voilà ma première impression.

Frédéric me prévient: Cette semaine n’est pas comme les autres et deux évènements viennent bouleverser la routine- un tournage et la venue d’étudiants en architecture pour un projet de maquette. Je me dis que c’est le lot quotidien de ce métier que d’avoir des semaines qui se suivent mais qui ne se ressemblent pas. Finalement la notion de routine n’existe peut-être jamais pour nous, instits’.

Frederic et ses élèves en pleine préparation du tournage

Cette semaine donc, Kathy, une maman d’élève, réalisatrice, tourne avec les enfants un film qu’ils préparent depuis le début de l’année , autour des souvenirs. J’arrive donc à point, avec mon matériel de prise de son, pour donner un coup de main et assister au tournage. Ce voyage m’amène vers des situations imprévues, des rencontres que je n’aurais pas imaginé. Après trois mois à aller voir les écoles, cela me surprend toujours. En arrivant chez Frédéric je me dis que c’est toujours difficile de partir au bout d’une semaine d’une école, de quitter les gens qu’on rencontre, mais que finalement c’est aussi une belle aventure que de recommencer.

Durant deux jours nous tournons dans la cour de l’école, les couloirs et dans l’espace de la bibliothèque. Les enfants mettent en scène leurs souvenirs, grâce à des décors qu’ils ont construits eux-même. La mise en scène est exigeante, les scènes sont tournées de nombreuses fois et je suis bluffée par la patience et l’enthousiasme des enfants.

Avec Frédéric le courant passe tout de suite. C’est peut-être jusqu’à maintenant, la personne que j’ai rencontré qui est la plus frileuse à l’idée que je vienne l’interroger sur sa pratique et enregistrer du son. Après plusieurs moments d’échanges très intéressants pendant la semaine je lui propose de poser mon micro lors d’une discussion un peu plus longue. Il me dit qu’il va y réfléchir puis me renvoie un message en me disant qu’il est d’accord car nos échanges sont précieux depuis le début de la semaine, mais qu’il préfère que j’enregistre un dialogue où nous nous interrogeons mutuellement. J’accepte. Nous passons plusieurs heures à discuter de nos pratiques communes, de l’école de nos rêves, du choix de ce métier. Il m’apprend qu’il fait, en parallèle de son métier d’instit, une thèse sur le travail en groupe, en prenant notamment exemple sur ces amis et collègues du groupe de pédagogie institutionnelle. Cela me parle parce que je pense le travail d’instituteur très proche de celui du chercheur, à toujours remettre en question sa pensée, à aller creuser plus loin, à utiliser son terrain pour réajuster ses observations. L’héritage du travail de Fernand Oury revient beaucoup dans notre discussion. Cependant, Frédéric n’aime pas se revendiquer de telle ou telle pédagogie. Il ne veut pas s’enfermer et pense que ça peut-être sclérosant pour la pensée. J’aime sa force un peu tranquille quand il parle de son métier et je sens dans son regard qu’il aime vraiment ce qu’il fait, qu’il veut amener les enfants vers plus de liberté, plus d’espace de pensée. Quand je lui demande « qu’est ce qu’un bon prof  » selon lui, il me retourne la question. C’est déconcertant, pour moi qui ai l’habitude d’interroger la première. Je crois que c’est une des plus belles discussions que j’ai pu avoir avec quelqu’un sur le métier. Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi. Peut-être parce que comme avec beaucoup de professeurs rencontrés jusque là, nous avons une vraie vision similaire sur ce que c’est qu’être professeur des écoles aujourd’hui : croire en ce métier et ne pas avoir d’autres prétentions que d’offrir aux enfants des fenêtres d’ouverture, de leurs proposer des belles valeurs et de leur donner un espace d’expression, et comme disait Oury: « offrir des oasis respirables« . J’aime son humilité. Un caractère que je retrouve chez plusieurs personnes sur ma route, des gens humbles qui doutent de leurs pratiques et se remettent en cause. Moi qui ne suis pas de nature très confiante je m’interroge : est-ce comme ça qu’on avance?

Le travail de maquette fait avec les étudiants en architecture autour des souvenirs :

Durant la semaine, j’assiste à un conseil des maîtres où il est question de repenser le système des ceintures de comportements. Je trouve intéressant d’essayer de discuter d’outils aussi institués, de les critiquer lorsqu’on en voit les limites et de les réinventer pour qu’ils conviennent mieux aux pratiques quotidiennes .

Une autre forte rencontre de ma semaine est celle que je fais avec Rémi, chercheur en sciences de l’éducation avec qui j’avais échangé par mail jusque là. Je profite de ma venue à Toulouse pour aller le voir dans l’université où il travaille. Nous parlons de mon projet et de la possibilité travailler ensemble sur une publication commune. Rémi s’intéresse à l’évolution de ma pratique enseignante au fur et à mesure des semaines que je passe à observer des écoles. Tout reste à faire mais j’aime l’idée que ce projet évolue pour prendre d’autres formes et amener vers d’autres collaborations.

Le samedi, j’assiste à une journée spéciale dans le cadre du tour de france de la pédagogie institutionnelle. Je rencontre pleins de professionnels de l’école, nous regardons un film sur le parcours d’Oury, et échangeons autour de comment démarrer un conseil d’enfants ou une organisation en plan de travail.

En partant, j’emporte avec moi les discussions passionnantes avec Frédéric, son humilité et sa bonne humeur constante, une matinée ensoleillée au marché de saint-aubin, la journée de tournage dans l’école vide et l’enthousiasme des enfants, le déjeuner au soleil à réfléchir tous ensemble à comment faire vivre le travail de Oury et l’enthousiasme d’un enfant des bidonvilles de Nanterre qui, des années plus tard, fait briller les yeux des professeurs dans le noir d’une salle de cinéma .

Un extrait de notre entretien:

Cet extrait vous a plu ? Attendez la suite ! A la fin de mon voyage, les entretiens seront disponibles en intégralité. Vous êtes diffuseur et mon projet vous intéresse ? Je vous invite à me contacter. N’hésitez pas à partager autour de vous !

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