Matthieu et Audrey à Aulus

Après une semaine de pause, je retrouve Audrey et Matthieu et leur super classe de CE1-CM1-CM2. Je les accompagne à Aulus-les-bains dans les Pyrénées.

Là, un centre de vacances acheté par la mairie de Toulouse au pied de la rivière et au milieu des montagnes à la cime enneigée. C’est une semaine magique qui me restera longtemps en mémoire. Les enfants ont été incroyables de bonne humeur, d’autonomie, de bonne volonté, de curiosité.

Le premier jour, lorsque nous arrivons après quelques heures de voyage en car, nous prenons possession des lieux. Les enfants sont surexcités à l’idée de dormir tous ensemble. L’arrivée dans les chambres est un beau bazar. Ca me rappelle le voyage scolaire au Futuroscope où j’étais partie en CM1. J’en garde un souvenir très précis. Je me demande ce qu’ils garderont eux, de ce séjour à Aulus. Nous partons nous balader pour découvrir les environs. Rien que le fait d’être au milieu de la nature, bottes aux pieds et kaway vert du centre sur le dos, suffit à enthousiasmer les élèves. Ils sautent dans les flaques, traversent la rivière et grimpent sur les rochers. Je suis, moi aussi, parisienne de mon état, émerveillée au milieu des montagnes, enfant parmi les enfants. Avec certains, nous nous essayons à enregistrer du son pour ramener une carte postale sonore de Aulus. Le soir tombe rapidement. Les enfants, ravis de partager les chambres pendant 5 jours, font la fête en pyjama dans les couloirs. Le lendemain nous fabriquons du pain qu’on cuira ensuite au feu de bois. Nous taillons aussi des bâtons de marche que nous décorons avec la fumée du feu. Jacques, l’animateur en charge d’un des groupe de classe, est un puit de savoir en ce qui concerne la nature et les alentours d’Aulus. Il fabrique tout de ses mains, sait comment vivre en autonomie dans la forêt et connait tous les animaux qui y habitent. Les enfants sont impressionnés. Le lendemain nous partons à la rencontre des chauves souris qui dorment dans une grotte. Il faut rentrer dans une petite galerie, avec des lampes frontales et des bottes car il fait tout noir et nous avons de l’eau de la source jusqu’à mi-mollet ( Aulus est connu pour la qualité de ses eaux, utilisées en cure dans ses thermes.) L’après-midi, nous explorons les mares et les petits animaux qui y vivent. Nous pêchons et observons des tritons, des têtards, des salamandres… La dernière journée, nous partons faire un jeu d’orientation dans le village et découvrir les animaux de la ferme d’à côté. Le dernier soir, les enfants ont voté, lors d’un conseil de classe quelques semaines avant, d’organiser une boum. Elle aura lieu après le bal traditionnel où des gens du coin sont venus nous apprendre les danses folkloriques. Les élèves se prêtent volontiers au jeu. La boum, en pyjama, où les enfants déchainés se trémoussent sur des rythmes plus actuels, marque la fin du séjour.

En partant, je pense aux fous rires le soir, avec Audrey et Matthieu, au grondement de la rivière, quand on se couche, qui berce le silence, à l’entraide entre les enfants toute la semaine, et à la bienveillance de Matthieu et Audrey, toujours. Leur détente, leur lâcher-prise. Que ça fait du bien de rencontrer des instits pas aigris, épanouis dans leur travail. En rentrant, je pense à chaque détail des ces journées passées au fin fond de l’Ariège et ça me fait du bien de m’y replonger. Je me dis que j’arrive à un aboutissement de mon voyage. Que c’est avec des personnes comme ça que je veux travailler, que je veux échanger, qu’on a une vision tellement similaire et que ça me fait un bien fou. En partant je repense à tous les gens que j’ai croisé sur ma route et je me dis qu’Audrey et Matthieu auraient pu être proches de chacun d’eux, comme moi j’ai l’impression de l’être.

En arrivant à Toulouse, je descend du car et je suis triste de laisser les enfants, Audrey et Matthieu et curieusement le quartier de Bellefontaine.  J’ai un autre voyage qui m’attend vers l’ouest, je dois me dépêcher. On se dit au revoir hâtivement. Je sais que je reviendrai. J’ai presque les larmes aux yeux. Sur le chemin qui mène au métro pour aller attraper la voiture qui m’emmène en Bretagne, je croise des mamans qui vont chercher leurs enfants au car. Elles me sourient. Il fait beau et je me dis que ce quartier, finalement, je commence à l’aimer. Je m’y sens presque chez moi. C’est drôle, après si peu de temps. Je me dis que les tours sont belles, remplies du rire des enfants que je laisse derrière moi. Je me dis qu’être instit c’est s’inscrire dans un quartier, dans la vie des gens qui habitent là. C’est mettre de l’humain derrière les blocs de béton et savoir déceler la beauté derrière le bitume. Aller chercher la parole, et lui donner de l’exigence, du poids, de la consistance. Comme quand on fait un documentaire et qu’on recueille la parole avec un micro finalement. Est-ce si différent?

En plus de tout ça, j’emporte avec moi un texto de Matthieu : « Peut-être que tu ne t’en rends pas encore compte mais tu amènes plus que tu n’emportes. » J’emporte ça avec moi, aussi, près du coeur, et je me dis que décidément ce voyage m’aura juste appris de belles personnes. Comme j’en ai peu rencontré. Je chéris ça, la rareté des rencontres, leur intensité. Et je reprends ma route. Joyeuse et triste. 

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